G.C. Waintraub
Trouvailles
“La vie nous peint et la mort nous dessine” écrivit René Char à l’occasion de la disparition de Picasso.
Leur nature spécifique confére-t-elle aux dessins le pouvoir d’évoquer la mémoire de ceux qui nous ont quittés? D’aucun, sans doute, abonderont dans ce sens mais je pense que la présence des dessins de Nathalie Tokay aux dimaises du Musée Adzak témoigne d’un esprit tout autre. Roy Adzak, qui a légué son Musée afin que celui-ci serve de lieu de rencontre et d’exposition, a su, sa vie durant, faire face au coup du sort. Nathalie Tokay, s’est trouvée confortée à une situation dramatique et heureusement peu banale : à la suite d’une bévue incroyable de certains services municipaux, la quasi-totalité de son oeuvre sculptée fut détruite il y a peu, alors que Nathalie semblait s’installer dans une carriére dont le seul inconvénient était de ne lui permettre de consacrer que trop peu de temps à la pratique de son art. La réaction de Nathalie ? L’abandon d’une situation garante d’un confort matériel certain afin de construire derechef une œuvre dans des conditions nettement plus précaires, réaction que n’aurait certes pas désavouée Roy Adzak.
Les dessins présentés ne sont pas des pis aller que l’on montre faute de pièces sculptées car ces pastels puissants relevant d’une démarche parallèle. Le travail sur papier de Nathalie Tokay révèle une maitrise qu’il importe de faire connaitre.
J’ai en mémoire quelques vers d’Apollinaire ;
“Perdre
Mais perdre vraiment
Pour laisser place à la trouvaille”
Il y a eu perte, vraiment. Place aux trouvailles !
G.C. Waintraub