Vérane Partensky
LES SCULPTURES DE NATHALIE TOKAY
Rien n'est plus troublant qu'une présence. L’œuvre de Nathalie Tokay dévoile un paradoxe, que, de l'absolue simplicité de ce qui est là, offert sans réticence au regard, puisse naître le mystère d'un sens. Ce que l'on peut en dire est peut-être un bruit inutile : Elles ne cachent pas de signification, c'est leur évidence qui est éloquente. Elles ne sont pas abstraites, mais concrètes ; Elle ne sont pas des représentations, mais des existences.
Cette oeuvre est généreuse : Elle se livre toute entière à qui veut la regarder. Pourtant, non : Impossible, d'en épuiser la forme. Car cette sculpture se déploie dans l'espace ; Elle peut sembler d'abord un dessin flottant dans l'air. D'un trait dans la lumière, elle se développe en un envol graphique. Mais faites, ne serait-ce qu'un pas : Voilà que l'objet devant vous a changé. Il a pris de la profondeur, abîme de vide libéré dans la matière. Un pas encore, et à nouveau il n'est plus le même. Chaque point de l’œuvre peut lui servir de centre, proposant chaque fois au regard un angle de vision renouvelé, et cette infinie démultiplication confère à la pièce une extraordinaire dynamique : Elle n'est pas simplement une masse, un matériau statique, mais elle vit dans l'espace.
Les sculptures de Tokay nous font soudain soupçonner que l'espace n'est pas un volume, mais un lieu ou la matière devient mouvement. Les formes métalliques indiquent une direction, invitent le spectateur à bouger, à toucher, à tourner. Elles mettent le monde en branle. Certaines sont animées elles-mêmes, tremblent, vibrent, affirment un rythme. De longues tiges flexibles se mettent en mouvement, balancent, respirent. Au mur les reliefs témoignent de la même ambiguïté. L'assemblage, tranquillement accroché sur le mur, ne veut pas rester en place, mais s'aventure à la conquête de la troisième dimension, dans l'espace ouvert à la vie des formes. Et nous qui les regardons, nous sommes emportés par cette dynamique et nous devons les suivre.